jeudi 8 octobre 2015

GENERALI SOLO : CLAP DE FIN

Mes impressions de course
La Generali Solo est la dernière épreuve de la saison qui s’est courue à un rythme soutenu.
Physiquement j’ai eu du mal à tenir le rythme sur trois semaines intenses de courses, du coup j’ai eu des résultats en dents de scie.
J’avais pris le parti de beaucoup me reposer après la solitaire parce que physiquement, cela avait été vraiment très long de récupérer.  Et pour avoir déjà participé à la Générali Solo il y a 2 ans, je savais que c'était un format de courses extrêmement intense. D'ailleurs, les skippers qui ont couru cette course pour la première fois ont trouvé que c’était plus épuisant que la solitaire du figaro!
 Je savais que ça serait dur donc j'ai voulu arriver "fraîche", mais c'était un peu à double tranchant car j’ai payé le peu d’entrainement technique par rapport aux conditions difficiles qu’on a rencontrées.

Les Grands Prix de la Generali
L’exercice des Grands Prix est une particularité de la Générali Solo. Ces petits parcours techniques demandent beaucoup de technicité et de concentration. A Sète on a eu beaucoup de vent, ça augmente les risques parce qu’on est sur des petits parcours réduits en solitaire, et on a le stress de la "casse".
Sur les deux grands prix de Nice et de Barcelone on a eu du vent faible, avec beaucoup de variations et un fort clapot. Même en équipage, ce style de conditions est difficile à gérer, alors ici en Solitaire, c'était vraiment très sollicitant. Cela demande énormément d’investissement, et en accumulant deux jours de parcours techniques à chaque escale avant de partir sur une grande étape la fatigue se fait déjà sentir avant même d'attaquer les ralliements.

Les grandes étapes

 Concernant la première étape Sète/ Nice via le Cap Corse, les problèmes techniques de la première nuit au large de Marseille m’ont propulsée loin derrière.  J’ai eu du mal à revenir sur la flotte, mais j’ai vraiment apprécié cette navigation. J’étais loin du groupe des leaders et finalement sur la fin de course j’ai bien rattrapé mon retard. Je me sens plus à l’aise qu’avant même si cela ne se voit pas encore au niveau du classement. (21ème au général)
Sur la seconde étape Nice / Barcelone via Minorque, je suis vraiment contente de ma course. Naviguer dans la flotte est très formateur et j’ai bien géré les conditions assez dures rencontrées au fil des 3 jours de course. Je retiens cette étape qui se rapproche le plus d’une étape de Solitaire du Figaro.
Cela m’a donné beaucoup de plaisir, et me donne envie de continuer l’année prochaine en Figaro.

La suite

D’autant que la saison prochaine s’ouvre par une très belle épreuve, la Transat AG2R la Mondiale. Cette course de référence, en double, s’élancera de Concarneau le 3 avril prochain. Par manque de budget, je n’avais malheureusement pas pu prendre le départ il y a 2 ans. Mais j’espère bien y participer en 2016 !


Remise des prix à Barcelone

jeudi 1 octobre 2015

SECONDE ÉTAPE NICE/ BARCELONE : MON BATEAU, IL EST COSTAUD!!!


Mon pilote, c’est trop un « as », et ma bouilloire...Et bien, elle a eu peur après la première étape, elle n’a pas voulu venir faire celle-ci avec nous. Dommage, elle a raté de sacrés bons moments, des surfs endiablés où le bateau vole littéralement sur la vague, des ciels magnifiques, des éclairs de folie…
Bon je peux la comprendre…Une vie penchée, c’est pas une vie…Et ce bateau, il penche vraiment beaucoup…Ma bouilloire, elle est comme moi, elle prend des coups, et elle encaisse.
C’est souvent la première qui valdingue, mal calée sur son réchaud vétuste. Elle finit souvent étouffée sous un spi matossé que je viens bien « coincé » dessus…
Ou encore « gavée » comme une oie quand je tente d’enfoncer le plat sous vide à réchauffer par la petite ouverture, et que c’est à coup de pince que j’essaie de récupérer ledit plat coincé…
Et jamais un petit mot pour lui dire tout le bien que ça me fait de pouvoir manger ou boire chaud de temps en temps. Car en général, quand je fais appel à elle, faut que ce soit rapide, et efficace, et j’ai d’autres choses à penser !!! Alors elle fait son boulot du mieux qu’elle peut, me siffle gentiment quand l’eau est prête, me garde au chaud le plat préparé, le temps que je finisse une manœuvre impromptue qui passe toujours avant elle…
Alors je comprends qu’elle est préféré rester à terre cette fois-çi…Encore que je suis sûre qu’elle aurait aimé venir finalement, et que c’est tout simplement moi qui l’ai honteusement oubliée à quai. Car pour les grand prix dans du vent faible, je vide mon bateau au maximum (enfin, mon maximum à moi..) Et comme je ne m’en sers pas dans ces courses là, je l’ai descendue du bord. Elle a rejoint quelques amis qui eux ne prennent quasiment jamais la mer, le chargeur de batterie, la rallonge électrique…Tout serrés qu’ils étaient dans cette caisse ponton étriquée…Là encore étouffée, dans le noir, elle n’a pas pu me faire signe quand dimanche midi il était temps de partir.
Toute préoccupée par la météo et la préparation finale, je n’ai absolument pas pensée à elle.
Et ce n’est d’ailleurs que le lundi matin que je me suis aperçue de son absence. A la barre sous spi, je me suis dit d’un coup, ah là c’est le bon moment pour aller me faire un petit truc chaud et bien copieux ! Parce que le matin, en mer, j’ai souvent envie d’un truc qui colle bien au ventre ! J’imaginais déjà les plats embarqués, sucrés, salés ? J’allais enfin me décider pour le porridge…J’ai enclenché le pilote, suis descendue et là, j’ai vite compris que « rien sur le réchaud » et « rien dan le compartiment cuisine » voulait dire « oubli de bouilloire »…J’ai pas cherché plus loin, je me suis refait le « film » du vidage du bateau, c’était clair. Alors je suis partie sur l’idée de trouver un autre contenant, mais en figaro, j’ai pas trouvé de bonnes réponses…Alors comme je commençais à avoir vraiment faim d’autres choses que des barres, des pommes, et des crèmes vanille, j’ai tenté de mettre un des plats sous vide sur le moteur encore chaud de la charge effectuée en même temps. Bon c’était pas probant alors j’ai fini par manger un curry de volaille froid, c’est pas si pire…J’ai tenté aussi le plat laissé au soleil sur mon matelas noir à la barre, mais là non plus, pas terrible !
J’ai donc pris mon plaisir ailleurs !
Le départ à Nice crédit photo : alexis Courcoux
Et il y avait de quoi se faire plaisir sur cette étape.
Malgré un départ empétolé devant le cap Ferrat où nous avons passé une bonne partie de la première nuit à essayer de composer avec pas de vent, du clapot, et du courant si ! si !
Sortie de là tant bien que mal, plutôt en fin de classement, le passage de la bouée Odas à 25 milles du départ, dans une quinzaine de nœuds, a fait du bien car elle marquait l’envoi du spi que nous avons gardé quasiment jusqu’à la fin !
Au petit matin, le vent était déjà monté autour de 20/25 nœuds, la mer permettait de surfer, il y avait des bateaux autour à rattraper, de quoi bien s’amuser pour la journée.
Crédit mutuel dans les vagues au large : crédit photo : alexis Coucoux
Entre lofer un peu et prendre les vagues, ou descendre plein cul dans 30 nœuds, il y a avait le choix. J’ai fait un peu des deux et recolle au paquet de devant en fin de journée,. C’est là que la bataille des « gybes » a commencé…En gros, dès que le vent a molli autour des 23/27 nœuds, on a tous commencé à se repositionner en fonction des oscillations et de la pression plus ou moins attendue de chaque côté du plan d’eau. Ce petit jeu à duré toute la seconde nuit, et au petit matin, je me re-décale un peu à l’ouest pour espérer retoucher un peu plus de pression car le vent tombe alors par moment autour de 15 nœuds au lieu des 20. 
Seulement une zone orageuse a commencé à se développer et alors que je suis proche d’Alexis Loison et de Nick cherry (mon AIS ne fonctionnant toujours pas bien, je ne peux pas voir les autres concurrents sur l’ordinateur sauf s’ils sont à moins d’1 mille en gros de ma position), le vent devient très instable en force et direction et je les vois s’éloigner sans parvenir à suivre la même trajectoire, damned !
Quand le vent se ré-installe un peu en début de matinée, autour de 12/15 nœuds, sous le soleil, je suis un peu en mode « tranquille je mets de l’ordre après la nuit » quand soudain, une risée plus forte me surprend, au point de faire partir le bateau au lof et de le laisser couché sérieusement…En short et t-shirt et avec tout ouvert sur le pont, c’est un passage de vent  à 30 nœuds qui vient de nous cueillir sans signe annonciateur, si ce n’est la mer ridée derrière nous. Il faut passer en mode « warrior » d’un coup, sécuriser, repartir, faire la route et le dos rond le temps que ça passe ! Sacré moment d’où je ressors avec un cagnard arraché et je m’aperçois alors que le chariot du rail de grand-voile a explosé.
Je ne sais pas si c’est lié à cet épisode où si c’était dans les empannages de la nuit. Toujours est-il que la fin de la course s’annonce au portant et qu’avec un petit peu de cordage j’ai moyen de faire un système certes moins réglable, mais qui tiendra jusqu’au bout.
La suite de la journée se déroule avec un peu moins de surprise : le vent mollit sérieusement en approche de Minorque et avec une mer encore formée, c’est difficile de bien faire avancer le bateau.
L’enroulement de Minorque se passe tranquillement aussi, mer plate derrière l’île et spi qui « se tient », cela permet de faire autre chose. Et notamment d’échanger avec les camarades sur la météo que l’on vient de recevoir, et qui annonce un coup de vent très musclé au moment de notre arrivée sur Barcelone. Branle-bas de combat, je récite mes gammes pour passer en mode « grosse brise », même si c’est dans pas mal d’heures encore : on est en fin de journée et ça doit monter vers 3h du mat, pour une ETA à Barcelone autour de 7/8h locales. Pour la fin, des rafales à plus de 40 nœuds sont au programme, voire 50 si nous prenons de retard : je ne fais pas la maline, et me dis qu’il faut « carburer » pour arriver le plus vite possible. Je range déjà tout sur le pont, retend le gréement, change de voile d’avant, enlève les écoutes inutiles qui risquent de filer à l’eau etc.
Au passage de la pointe de Minorque, on peut enfin relofer sous spi serré, la nuit tombe, il est 20h et commence alors une folle cavalcade vers l’arrivée. Nous montons tous au dessus de la route directe tant que le vent le permet de manière à pouvoir « écraser » ensuite dans le vent fort refusant qui s’annonce.
A chaque passage un peu chaud où le vent monte autour de 20 nœuds je me dis que ça y est c’est parti pour être dans le dur alors je prends un ris dans la GV pour soulager…et le vent retombe autour de 16 nœuds et je « colle »…Alors je renvoie le ris et là ça repart…mais trop vite alors je reprends un ris…J’ai l’impression d’avoir passé ma nuit à le prendre à et à l’enlever ! Au final, je le renvoie juste avant que le premier gros grain nous cueille : je me suis précipitée en sortie de sieste à vouloir l’enlever alors que j’aurai pris le temps de regarder au vent que le ciel s’assombrissait très sérieusement, j’aurais économiser de l’énergie !). Gros passage à 27/30 nœuds, ça déboule fort et surtout le vent refuse ce qui nous fait tenir une trajectoire en-dessous de la route directe cette fois-çi. Ca commence à être chaud, j’ai repris mon ris, je me dis qu’il va falloir affaler sous peu si je ne veux pas perdre trop de distance sous le vent de la route. 
Mais comment affaler dans 30nds au largue dans une mer formée, de nuit, vers 4h du mat, après déjà 2 autres nuits passées en mer d’où un état de fatigue conséquent, sans risque de tout casser ? C’est une bonne question…
Sur le coup, je ne le « sens pas » de rester serré alors je renvoie mon solent, je prépare tout et décide d’abattre un grand coup pour étouffer le spi derrière la GV et tout ramener. Miracle, tout se passe super bien et je me remets vite sur la route. Je renvoie mon ris, encore !!!
Et là, l’angle est limite favorable pour renvoyer le petit spi. Je temporise, me dis que ça va de toute façon refuser plus encore, patience ! J’ai quand même l’impression que ça vaut le coup, je pèse le pour et le contre. J’ai tout sauvé comme matériel, tout remettre en place va me demander du temps et de l’énergie que je ne sais plus trop évaluée, et le risque de refus et de monter du vent autour de 35 nœuds est imminent. J’ai Alan Roberts juste derrière moi, je cale donc ma trajectoire en fonction et temporise.
J’essaie de voir si d’autres bateaux sont sous spi. A un moment, nous voyons Cercle vert déboulé sous petit spi derrière nous, mais sa trajectoire le mène sous la route directe. J’estime que son gain sous spi ne sera pas suffisant pour lui permettre de passer devant quand il devra relofer sous solent.
Avec Alan, notre trajectoire est rapide aussi. Le bateau est sous pilote et vole sur les vagues. Je ne suis pas hyper rassurée alors je reste près de la barre au cas où il lâche, mais c’est impressionnant comme il tient la trajectoire à plus de 12 nœuds de moyenne et 25/30 nœuds de vent !
Plus on s’approche de Barcelone et plus le vent de renforce. Le jour se lève quelques milles avant l’arrivée, les vagues sont impressionnantes, l’anémo marque des pointes à 37 nœuds. Plus moyen de prendre un ris sans perdre du terrain sur Alan, qui lui en a pris un. Et par dessous arrive le bateau de Nick Cherry : on est 3 à jouer dans un mouchoir de poche, il faut tenir jusqu’au bout, pas d’embardée, trouver la ligne d’arrivée, une minuscule bouée rouge au milieu des vagues immenses, positionnée à moins d’un mille des digues vers lesquelles nous filons à 14 nds…C’est un peu chaud, je ne vois rien. A 0,5 milles, je demande confirmation au comité de la position et des côtés requis. J’aperçois enfin une petite vedette blanche ballottée par les vagues : c’est bon , je file droit sur elle !
Et je finis par couper la ligne en 13ème position devant mes 2 poursuivants anglais !!! Quelle belle remontée, je suis super contente, c’était encore un truc de fou cette étape ! J’ai appris plein de choses !
Et puis arriver à Barcelone, c’est juste trop bien, même sous la pluie !
Arrivée à Barcelone Cphoto : Alexis Coucoux
Avec les autres concurrents pour le traditionnel repas de l'arrivée. Cphoto : alexis Coucoux



Aujourd’hui un peu de repos et du shopping !
Et demain reprise des courses avec le dernier grand Prix du championnat 2015 !